La classe coopérative 2.0 est une classe dans laquelle l’élève est placé au centre de ses apprentissages auxquels des outils numériques s’adjoignent au service de ceux-ci.

Chaque élève évolue au sein d’un groupe en tant qu’acteur, auteur, réalisateur, producteur et évaluateur.

La classe coopérative est un système cohérent permettant le développement de pratiques pédagogiques et éducatives ancrées dans la réalité sociale, et ce pour permettre l’émancipation des élèves au sein d’un espace dans lequel chacun peut s’exprimer, se responsabiliser, coopérer, expérimenter et s’ouvrir sur le monde.

Au sein d’une classe coopérative, chacun apprend à son rythme, construit ses savoirs avec ses pairs et les adultes, développe son sens critique, son autonomie et accède à une réelle prise de responsabilités tout en développant des stratégies métacognitives (planification, régulation, contrôle).

Il s’agit de créer une dynamique de groupe dès la rentrée scolaire car les élèves y évoluent durant plusieurs années. La classe est un lieu de vie coopératif dans lequel les interactions sociales trouvent leur sens et leur expression. Le groupe classe est au service de la réussite de chacun par une seule modalité, celle du travail via deux lieux distincts: la classe gérée par l’enseignante et l’atelier géré par l’éducateur spécialisé avec des rituels immuables et des temps communs.

La vie coopérative s’organise par des dispositifs médians et médiateurs: l’expression (texte libre), la communication (blog, twitter, webradio, webtv), les espaces de parole institutionnalisés (l’accueil, le conseil). Un outil médiateur s’y adjoint: l’espace numérique de travail de la classe (sous Evernote), et ce sur des supports numériques divers : tablette, smartphone, ordinateurs.

La pédagogie de projet autour de l’éducation aux médias est  la colonne vertébrale de cette classe coopérative dans laquelle chaque élève représente un individu et un sujet à part entière où il a une place, une fonction à jouer, un rôle à tenir.

La webTv et la webRadio sont deux projets fils conducteurs de la vie coopérative tout au long de l’année. Ils ont pour objectif principal de réduire les inégalités scolaires et de permettre, par le biais d’un outil motivant, une meilleure maîtrise de la langue écrite et orale, premier facteur de liberté quand bien même le trouble spécifique du langage écrit et oral se manifeste.

La parole passe le plus souvent par l’écrit préparé. Les élèves ressentent le besoin de s’améliorer pour parvenir à un produit fini de qualité, le chef d’oeuvre cher à Célestin Freinet.

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Faire de la télévision et de la radio, c’est écrire des textes, les assumer, être en cohérence avec son image et sa voix. C’est grâce aux ateliers d’écriture mis en place pendant le décloisonnement, lors d’activités quotidiennes en contexte et et des séances logo que l’élève peut élaborer une recherche dans et par l’écriture, ou il apprend à lire et regarder les journaux, à comprendre l’actualité, à s’informer du monde qui l’entoure.

C’est aussi pour les apprentis-lecteurs ou “vieux lecteurs” chez des ados, par des techniques de mémorisation, l’occasion de prendre la parole tout en étant confrontés à différents types d’écrits (conducteur d’émission, affiches, fiches diverses de la Semaine des médias et de Radiobus). La maîtrise de la langue constitue le fondement même de l’existence d’une télévision et d’une radio scolaire. La diffusion de l’émission dans l’école et sur internet, les critiques via les feedbacks en collectif et via des référentiels de compétences spécifiques, la circulation via des plateformes dédiées numériques (Vimeo, Soundcloud et le blog de classe) lors de la diffusion sont des éléments internes et externes qui ne peuvent que motiver l’élève à produire un écrit utile, social, dans lequel il se préoccupe d’utiliser un langage clair et adapté à ceux qui l’écoutent et le voient. Nous sommes plongés dans un travail “authentique” au sens de Freinet.

Outre cet objectif essentiel, l’audiovisuel, intégré à une pédagogie de projet, favorise, par sa programmation, sa production et ses structures, des conduites sociales telles que la responsabilité, l’autonomie, le respect, la prise de parole, l’esprit critique… Ces compétences ont des effets bénéfiques sur les savoirs être des élèves, travaillés et étayés par l’éducateur.

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Créer une émission de télé ou de radio est une entreprise collective dans laquelle le travail de l’un dépend du travail de l’autre et où les décisions sont prises en commun. C’est l’apprentissage de l’indépendance mais aussi de l’interdépendance et des responsabilités.

La classe, le groupe, l’adolescent s’engagent à produire dans un temps donné une émission. La date, les contenus et le nom des participants sont affichés et connus des autres élèves. A partir de ce moment là, les jeunes acquièrent un statut particulier. Ils sont reconnus et rien ne peut se faire sans eux.

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Pendant la préparation des émissions, l’enseignante et l’éducateur guident l’enfant dans ses choix, lui donne des outils pour apprendre, l’aide à construire son savoir. Ils reconnaissent les capacités de l’enfant, lui laissent le temps et le droit à l’erreur.

C’est grâce à ce travail, au moment de la diffusion (en enregistrement ou en direct) que les élèves acquièrent la liberté de se gouverner et d’être indépendants au sein du collectif.

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Ils assurent aussi la post production. Dans le studio, les journalistes se succèdent en suivant le conducteur d’émission mis en place par le groupe. Cette organisation est décidée à l’avance par les élèves, l’enseignante et l’éducateur, chacun ayant un rôle à assurer, rôle qu’il a délibérément choisi.

L’élève est autonome, dans un cadre sécurisant et contenant, entouré des adultes, ses référents, dont la présence et l’attitude vont favoriser l’apprentissage par les fonctions d’adressage, d’endossement, d’apaisement et de contenance

L’activité audiovisuelle est aussi un lieu de vie où droits et devoirs se conjuguent au quotidien. Respect mutuel, le maître mot de la vie coopérative. La liberté des thèmes abordés ou choisis lors du conseil de coopérative leur permettent de prendre la parole et de se faire entendre.

Pendant l’enregistrement, c’est le respect de la parole de l’autre. Produire une émission de qualité nécessite qu’ils ne peuvent parler que chacun leur tour, dans l’ordre du conducteur.

La télévision et le radio sont des outils qui favorisent la communication. Des discussions s’ensuivent sur des temps de classe, en famille, sur des temps informels.

L’activité audiovisuelle qui met en présence des élèves, des enseignants, des éducateurs, des personnes extérieures, place l’enfant dans un contexte valorisant, et ce faisant, permet un épanouissement plus rapide de sa personnalité.

Elle met en place des modes de fonctionnement démocratiques qui donnent à chaque adolescent la possibilité de participer à la prise de décisions et de s’approprier ces dernières plutôt que de les subir.

Les élèves y exercent des responsabilités, deviennent autonomes, respectent leurs droits et leurs devoirs, ce qui ne peut que renforcer collectivement le sentiment d’appartenance au groupe.

Enfin, c’est au conseil de coopérative que se prennent les décisions et où se jouent les régulations pour les prochaines émissions.

Voilà en quoi la classe inversée coopérative peut être au sens de prendre en charge ses apprentissages dans un collectif personnalisé .

 

Description du projet webTV (2015-2016)

Modalités de mise en oeuvre

  • Élaboration d’une web TV sur une plateforme dédiée
  • Construire le cahier des charges technique, éditorial, graphique et infographique d’un espace médiatique didactisé
  • Mettre en place des partenariats pérennes avec les acteurs locaux, cantonaux ou/et fédéraux.
  • Poursuivre les liens établis avec la Semaine des médias
  • Structurer une spécificité audiovisuelle de l’école à travers un temps institutionnalisé, le décloisonnement (inclus à un possible projet d’établissement)
  • Ce projet peut intégrer les objectifs pédagogiques annuels de différentes disciplines, tout en apportant une ouverture humaine, scientifique, culturelle, linguistique et technologique aux élèves. >> Interdisciplinarité

Moyens mobilisés

  • Formation sur les tablettes numériques et ordinateurs de classe en contexte de projet
  • Toute l’infrastructure matérielle (caméras, enregistreur numérique, micro, tablettes numériques, logiciels de montage, etc…) pour la création audiovisuelle.
  • Visites de médias, rencontres avec des journalistes (RTS, Couleur 3, journaliste de Keystone…)

Compétences visées extraites du PER (plan d’études romand) (non exhaustives)

Chaque activité de production médiatique favorise les capacités transversales (la collaboration, la communication, la démarche réflexive…). Une activité média permet de travailler autant des objectifs disciplinaires que des objectifs de Formation générale, tout en mobilisant et favorisant les capacités transversales.

C’est aussi l’occasion de mettre en oeuvre les objectifs MITIC du Programme d’Etudes Romand dans la conception de productions numériques médiatiques.

Français:

  • Produire des textes à l’oral (L24, 34) et à l’écrit (L22, 32)
  • Prend la parole en s’appuyant sur un guide de production écrit et en tenant compte de la situation de communication, du contenu, des supports prévus et des contraintes de l’oralité.
  • Transmet oralement des informations sur un thème choisi, à un public donné, en tenant compte de la situation de communication.

Education aux médias :

Décoder la mise en scène de divers types de messages

Formation Générale:

  • Réaliser une production médiatique
  • Élaborer une publication web en adaptant le contenu à ce support.
  • Participer à la réalisation d’un projet de classe avec les outils MITIC (journal, récit collaboratif, podcast, vidéo etc.). (FG 21, 31)
  • Produire, pour une représentation orale, un document cohérent en recourant aux appareils audiovisuels et numériques adaptés à la tâche projetée
  • Produire, pour un rapport ou un exposé écrit, un document cohérent : mise en page, choix pertinent d’images et de graphiques pour soutenir son propos.
  • Citer ses sources électroniques et papier dans ses productions médiatiques.
  • Connaître les principes de base du droit d’auteur et du droit à l’image et les respecter dans ses productions médiatiques
  • Vivre ensemble et exercice de la démocratie: planifier, réaliser, évaluer un projet et développer une attitude participative er responsable. (FG 34)

Déroulement prévu: (temps dévolu:1 h15 / semaine) pour 1 journal TV:

-dévolution du projet (1 séance)

-analyse d’un journal TV (2 séances)

-ouverture d’un compte Evernote basic (gratuit), répartition des rôles et fonctions (1 séance)

-écriture, correction, relecture, nettoyage orthographique des sujets rédigés sur Evernote (séances multiples)

-analyse et 1ère complétion du référentiel de compétences (1/2 séance)

-pré-enregistrement : entraînement, évaluation par les pairs (2 séances)

-2ème complétion du référentiel de compétences (1/2 séance)

-enregistrement en studio, interviews (séances multiples)

-3ème complétion du référentiel de compétences (1/2 séance)

-montage vidéo, création de génériques (1 ou 2 séances) >> diffusion sur Vimeo avec mot de passe

-création du site WebTV…. (1 séance)

-diffusion du 1er journal TV sur le site internet.

-4ème complétion du référentiel de compétences

-évaluation / point de situation, feedbacks

-vers la création du 2ème journal TV…. 

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Bibliographie:

Huber M. Apprendre en projets. La pédagogie du projet-élèves. Chroniques sociales. 1999

Freinet C. Comment susciter le désir d’apprendre? L’éducation en questions. PEMF. 2001

Giauque N, Tièche Christinat C. La pédagogie Freinet, Concepts, valeurs, pratiques de classe, Pédagogie et Formation, Chroniques sociales. 2015