tâches num

by ca-va-ou-bien ©canva

Le mot « devoir » est  souvent synonyme d’inégalités entre des injonctions professorales et des familles n’ayant que peu de temps à consacrer à ces tâches imposées aux enfants du fait d’horaires de travail décalés (travailleurs de la nuit ou personnel de ménage dans les bureaux par exemple),  du fait d’un éloignement de leur poste de travail par rapport à leur domicile, ou tout simplement du fait d’une fatigue accrue qui ne permet pas en fin de journée d’être disponible malgré tout l’amour prodigué. Mais il est important de ne pas en rester là.

Je vous invite à lire cet article Les devoirs, corvée inutile ou élément essentiel de la réussite scolaire ? qui invite à la réflexion et bouscule les idées reçues. (résumé en fin de billet)

Que nous dit Meirieu?

« Que reproche-t-on aux devoirs à la maison ? D’une part, d’alourdir la charge des enfants et adolescents au détriment d’autres occupations comme le sommeil, le sport ou les activités culturelles ; d’autre part, d’entériner, voire d’accroître les inégalités scolaires, en faisant effectuer le travail dans des contextes matériels, sociologiques et psychologiques très hétérogènes ; enfin, de renvoyer en dehors de la classe des moments d’appropriation et des temps d’apprentissage méthodologique (apprendre une leçon, réviser un contrôle, faire un résumé ou une dissertation, préparer un exposé, etc.) qui sont absolument décisifs pour la réussite scolaire. »

Il n’exclut pour autant pas le travail à la maison mais sous une autre forme, celle qui permet une autonomisation de l’adulte en devenir : recherches collaboratives entre pairs, rééquilibrage entre temps scolaire et temps des loisirs,  promotion de tâches en adéquation avec le travail de classe…

Pour ma part, ne pourrait-on pas interroger cette pratique scolaire au travers du le prisme des droits de l’enfant? Les devoirs ne renforceraient-ils pas les inégalités? La Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) pose pour principe la non-discrimination, elle insiste aussi sur l’égalité des chances dans l’éducation. Comment les tâches à domicile peuvent-elles se concilier avec les activités de loisirs, les temps passés en famille sans interférences? Le droit au repos et aux loisirs est un des articles de la CIDE.

Aussi il me semble que la classe inversée dans le cadre dune classe accueillant des élèves à besoins particuliers répond en partie à ces interrogations. Au lieu de donner aux élèves des listes d’exercices, des leçons de 4 pages à apprendre par coeur, des DM ou DNS ( devoirs non surveillés … la blague… merci papa… sans toi, ma moyenne n’aurait pas été très brillante) à n’en plus finir (je suis maman, je peux l’affirmer, rien n’a changé depuis 1989 mon bac en poche), pourquoi, à l’ère du numérique, ne pas lancer les élèves dans des tâches réflexives en adéquation avec les moyens qu’ils utilisent au quotidien et ce, sans que le fameux couperet ne tombe le lendemain matin: « t’as pas fait tes devoirs? une heure de colle… »

Les élèves ne nous doivent rien. Ils se le doivent tout court. Le visionnage d’une capsule video en lien avec les apprentissages vécues et en cours prend maximum 2 à 3 min. Ecrire un titre, expliquer en quelques mots ce qui a été découvert ou re-découvert… 5 min. Donner un exemple… 5 min. Et ce, 2 à 3 fois par semaine. Lire un texte et répondre à quelques questions de compréhension sur le sens global du texte… 10 min. 1 fois par semaine. Préparer une dictée avec un guide de relecture  et le son associé… 5 min par jour sur 5 jours. Ceci est un exemple parmi tant d’autres.

Cela nécessite un temps de préparation bien plus conséquent pour l’enseignant qui se doit de concocter avec rigueur ces tâches numériques personnalisées, car, en effet, c’est au sein d’un espace de travail numérique, Evernote® par exemple,  que l’ensemble des tâches peut être dévolu. Aucun cahier, tous les questionnaires et documents peuvent être intégrés dans un carnet spécifique et des notes associées.

L’élève accède à une autonomie. S’il n’a pas compris ou si la connexion a échoué à domicile, aucune sanction de la part du professeur, car vous pouvez reprendre les capsules en re-médiation le lendemain et lors de moments individuels ou en petits groupes. On peut aussi donner la possibilité à l’élève de rester à l’école pour effectuer son travail dans sa salle de classe s’il n’a pas accès à internet sous la responsabilité de l’enseignant (très souvent, les professeurs restent après une journée de cours dans leur salle) ou d’une personne qui accompagne le travail si votre établissement offre la possibilité d’une aide. (Notons que la hiérarchie doit être au courant de la première pratique et avoir donné son aval.)

Si la capsule donnée est un déclencheur d’une tâche complexe en lien avec un travail ultérieur qui sera approfondi en classe, type Tacos, l’élève se situe alors dans une phase de questionnements, de confrontation par rapport à ses pré requis, ses conceptions initiales au sens de Giordan sont ébranlées. Le fameux « Faire avec pour aller contre ». Surgit alors une motivation pour l’élève. Celui-ci peut s’engager dans un processus de recherche personnelle, mais aussi avec ses pairs à distance via les réseaux sociaux ou un outil de visioconférence type skype  » t’as vu la video? j’ai pas très bien compris ce mot? tu peux m’aider? »  Au moment du retour en classe, les élèves n’ayant pas visionné la capsule ou lu les documents dans l’espace numérique de travail peuvent alors se sentir isolés car c’est une équipe qui doit se mettre au travail sur la tâche complexe, il est attendu d’eux une collaboration et une coopération afin de résoudre l’énigme posée. Si bien sûr l’élève n’a pas eu accès, encore une fois du fait d’un imprévu ou d’une connexion défectueuse ou de son activité favorite, il s’agit de verbaliser ensemble le ce qui s’est passé et de trouver une solution sans blâmer l’élève afin qu’il puisse intégrer rapidement le groupe de pairs. La bienveillance de l’enseignant est primordiale.

 

Je vous laisse à vos réflexions….

 

Infographie et bibliographie. 

Giordan : http: //www.ldes.unige.ch/publi/rech/concep/concep.htm

Les TaCos de Thucydide : http://tacohgec.wordpress.com/2012/03/01/un-peu-de-theorie-pourquoi-enseigner-par-taches-complexes/

Roch Chouinard, Jean Archambault et Andréane Rheault, Les devoirs, corvée inutile ou élément essentiel de la réussite scolaire ? Revue des sciences de l’éducation, Volume 32, numéro 2, 2006, p. 307-324 © Revue des sciences de l’éducation, 2006

[…] Ainsi, la première idée reçue serait que les meilleurs enseignants donnent des devoirs régulièrement ; elle est toutefois remise en cause. La recherche indique que les bons enseignants ajustent leur pratique selon les besoins et les capacités de leurs élèves plutôt que de s’en remettre à un calendrier rigide (Corno, 1996). La seconde idée serait qu’il est préférable de donner plus de devoirs ; cela est malheureusement remis en cause. Les études sur le sujet portent plutôt à croire que ce n’est pas tellement le temps passé à faire des devoirs qui importe, mais plutôt l’effort et l’engagement métacognitif déployé pendant cette période (Trautwein et  al., 2005). La troisième idée serait que tous les parents s’attendent à ce que les enseignants donnent des devoirs à leurs enfants. Les recherches sur le sujet montrent plutôt que ce que les parents désirent par-dessus tout, c’est que leurs enfants réussissent bien à l’école. Lorsqu’on les interroge à ce sujet, les parents disent généralement être favorables aux devoirs en autant que ceux-ci contribuent à la réussite de leurs enfants (Xu et Corno, 1998). La quatrième idée stipulerait que les devoirs contribuent à consolider les apprentissages réalisés en classe. Elle n’est que partiellement soutenue par les recherches ; ces dernières montrent que les devoirs ont cet effet uniquement lorsqu’ils renforcent ce qui a été enseigné à l’école et qu’ils encouragent les élèves à réorganiser leurs connaissances et à les réutiliser dans un nouveau contexte (Walberg, Paschal et Weinstein, cités dans Corno, 1996). La dernière idée reçue – peut-être celle à laquelle les gens s’accrochent le plus – consiterait en ce que les devoirs favorisent le développement de la discipline personnelle et du sens des responsabilités. Elle a été également nuancée, car il apparaît que ce ne sont pas les devoirs en soi qui favorisent le développement de l’autonomie. En effet, les devoirs peuvent contribuer au développement de la discipline personnelle et du sens des responsabilités des enfants, mais à la condition que leurs parents poursuivent activement cet objectif et adoptent une supervision structurée et éclairée des devoirs (Xu et Corno, 1998).[…]