©canva

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La MNLE, mise au point par les enseignants militants du mouvement Freinet, a été déclinée et développée par Danielle De Keyser pour lutter conte l’illettrisme chez les adultes débutants. Elle propose des situations de production de textes courts à travers lesquels les adultes retrouvent la légitimité de leur parole, puis s’engage un travail sur le code, du plus accessible (analogies visuelles, syllabes traitées globalement, etc.) à des unités plus abstraites (correspondances graphèmes/phonèmes).

Dans le cas de lecteurs – producteurs d’écrits que je nommerai « vieux débutants », à savoir des élèves de collège présentant des troubles des apprentissages, la MNLE permet de refonder une estime de soi abîmée, une confiance en l’écriture et en la lecture de textes complexes auxquels peu avait accès jusqu’alors. Il s’agit de mettre les élèves au coeur de la communication: produire pour être lus, devenir tout simplement auteurs et lecteurs.

La MNLE 2.0 pour vieux débutants traite en interaction le sens et le code, les apprentissages de la lecture et de la lecture étants indissociables. L’enfant est producteur de textes qui sont diffusés sur un blog, un journal scolaire numérique, en live sur une radio en live, en podcast, par la présentation à la classe et en dehors de la classe.

L’enfant, l’adolescent est donc mis en situation authentique de communication.

Pour ce faire, il est nécessaire d’instaurer des plages ritualisées, les chantiers d’écriture, dévolues à cette activité cognitive intense de recherche, étayée par l’enseignant(e) qui ne sera pas regardant(e), lors des premiers jets, au niveau de l’orthographe ou de la syntaxe. Laissons-les créer librement, laissons libre cours à leur inventivité, à leur logorrhée. Un second temps viendra où le correcteur, activé après bien des essais, se mettra à tout souligner en rouge… si tant est que l’enseignant(e)ne sera pas déjà passé(e) par là pour anticiper une démotivation totale… 😉 Le travail sur la langue commencera une fois un nettoyage bien amorcé. Optons alors pour une mise en valeur de ce texte et travaillons-le collectivement ou en petit groupe pour l’enrichir, lui donner une valeur supplémentaire, mais surtout sans le dénaturer, sans que le jeune ait le sentiment d’en être dépossédé.

Le conseil de coopérative permet, par ailleurs, de décider des articles de blog à publier ou des chroniques radio de la prochaine émission, des capsules vidéos à poster. L’élève s’attribuera donc des plages dans son plan de travail durant lesquelles il pourra soit continuer à élaborer, soit corriger son texte, en autonomie, puis à le diffuser avec l’accord du comité de partage.

Ses référentiels de compétences lui permettent, en outre, de suivre efficacement ses progrès ou manquements et de valider ses acquisitions ou points à reprendre que cela soit en termes de production écrite (articles de blog, tweets, lettres de demande de stage, mails…) qu’en termes de production orale (chroniques radio, podcasts, capsules vidéos, téléphones …)

Grammaire, orthographe, conjugaison, vocabulaire… tous ces champs complexes sont travaillés ultérieurement, les ressources numériques les aidant, les re-médiations les favorisant, les aides- mémoires et autres outils les compensant…

Le texte libre a toutes ses lettres de noblesse dans ce contexte d’écriture. Il ne s’agit pas de se retrouver seul, face à l’écran de la tablette : un projet individuel aura mûri au travers de discussions informelles, accompagné par l’enseignant(e), l’éducateur (- trice) ou par un pair. L’objectif est bien de publier, de communiquer… à son rythme, selon ses envies, ses besoins. Il n’y a aucune obligation dans l’acte d’écrire en classe Freinet.

Célestin Freinet :
« Un texte libre, c’est, comme son nom l’indique, un texte que l’enfant écrit librement, quand il a envie de l’écrire et selon le thème qui l’inspire. Il ne saurait donc être question d’imposer un sujet ni même de prévoir un plan destiné à ce qui ne serait en définitive qu’une rédaction à sujet libre. […] Il ne suffit […] pas de laisser l’enfant libre d’écrire, il faut lui donner l’envie le besoin de s’exprimer. Et c’est pourquoi le vrai texte libre ne peut naître et éclore que dans le nouveau climat de libre activité de l’Ecole. » (C. FREINET 1964 : Les techniques Freinet de l’Ecole moderne. Paris, Armand Collin, Coll. Bourrelier CPP n° 326, 1975, 7e édition, p. 51.)
Fernand Oury :
« Dans une classe Freinet, le texte libre est autre chose qu’une fantaisie à la mode : les enfant écrivent parce qu’ils ont à dire à un absent. Parce qu’il a été choisi ou accepté par tous, il devient objet de travail pour tous. Le travail de mise au point est accepté et voulu par tous parce qu’il correspond à une nécessité actuelle : […]. Ici « embrayés sur la vie », on n’apprend pas aussi bien qu’ailleurs, on apprend mieux et les élèves le savent. » (F. OURY (s.d.) A partir des textes libres : apprendre à écrire correctement. Manuscript ronétypé, Paris.)

La personnalisation des apprentissages n’est possible que s’il existe un temps de  coopération et et un temps de travail individualisé, et ce à partir de situations didactiques pensées et adaptées.

En conclusion, chacun est libre de produire dans son carnet Evernote personnel, chacun est libre de lire ou d’écouter les productions d’un pair du compte classe, mais chacun a une responsabilité vis à vis du groupe: la coopération, et un devoir : le respect d’autrui. Il en va de l’image renvoyée au « monde numérique », au lecteur potentiel du blog, à l’auditeur de passage … Certes, nous avons des difficultés et pourtant: voyez qui nous sommes en devenir:  auteurs, acteurs, producteurs et interprètes.