Le groupe

by ca-va-ou-bien ©canva

« Qu’est ce qu’un groupe selon vous? »

1ère verbalisation: ce sont des personnes qui sont ensemble. Elles vivent ensemble.

Le pronom « Elles », nommant « les personnes », n’est en rien anodin. Il a été utilisé volontairement sans parler en Je. Mettre  à distance est une particularité d’élèves à besoins particuliers. Il est nécessaire alors de reprendre d’emblée le pronom pour assoir la fonction contenante de cet échange.

Cela permet ainsi de laisser la porte ouverte aux autres élèves afin qu’ils puissent  rebondir sans se mettre en danger, sans qu’il y ait une quelconque effraction. Les verbalisations s’enchaînent et l’ étayage permet de creuser le concept de collectif, de groupalité.

Il apparaît que donner la parole aux élèves est révélateur de ce qu’ils peuvent vivre au quotidien, et ce sans qu’il y ait mise en danger des uns ou des autres tant pour les élèves que pour les adultes les accompagnant.

Donner la parole, autoriser que chacun est un ressenti, s’autoriser à le verbaliser et à en faire quelque chose par la suite, voici quelques unes des missions de nos métiers d’enseignants et d’éducateurs.

Catherine Yelnik explique parfaitement les mouvements psychiques qui existent dans la relation pédagogique, en particulier quand on décide de placer l’enfant au centre. Il est alors nécessaire d’accepter de se décentrer soi même pour accepter une décentration de l’Autre. Et c’est le collectif qui oblige à se décentrer de soi-même et à se penser comme élément d’un ensemble, “ maillon d’une chaîne ”, un parmi d’autres.

L’enseignant, l’éducateur, a la main comme dans un jeu de cartes. C’est le scénario personnel de l’adulte projeté sur le groupe qui va permettre l’instauration d’une « ambiance », d’une atmosphère psychique. Imaginons un instant un enseignant aux prises avec ses propres angoisses ou enjeux narcissiques qu’il ne parviendrait pas à évacuer, comment l’élève va  t-il pouvoir entrer dans les apprentissages?

Le groupe, porteurs des liaisons et déliaisons psychiques, a une fonction d’étayage. C’est pourquoi il nous incombe de travailler la dynamique de classe – de groupe – dans un seul objectif: l’accès aux apprentissages, l’accès à la pulsion épistémophilique, l’accès au rapport au Savoir.

Outre les savoirs à enseigner et  la didactique, la maîtrise des capacités relationnelles est primordiale.  L’adulte doit exercer une “ fonction contenante ”, c’est-à-dire accueillir et contenir les éléments négatifs dans le groupe, les pulsions destructrices, les attaques contre les liens, l’ambivalence et le conflit, chez les élèves comme à l’intérieur de soi.

Il me semble donc, pour conclure, que des élèves ont la capacité à verbaliser qu’ils forment un groupe dans lequel des sous-groupes coexistent, que certains sous-groupes s’entrelacent avec d’autres, que des individus peuvent exister dans différents groupes sans qu’il ait une attaque des liens. De même, du fait de la bonne connaissance des uns et des autres, des liens construits, ils peuvent sans souci intégrer de nouveaux élèves. L’humour véhiculé et pensé au quotidien est lui-même source d’étayage et de réassurance au sein de groupe ce qui permet d’accéder au Savoir, au plaisir de se vivre et d’oser se penser.

« Nous sommes un groupe et nous avons confiance dans le groupe ».

Des références:

C. Blanchard-Laville (2001). Les enseignants entre plaisir et souffrance, Paris, PUF

Anzieu, D. (1975). Le groupe et l’inconscient. L’imaginaire groupal, Paris, Dunod et R. Kaës et al. (1984). Fantasme et formation, Paris, Dunod.

C. Yelnik (1997). “ Eh oui, la classe est un groupe… ”, Cahiers Pédagogiques, n°359, p.65-66