Quoi de neuf

by ca-va-ou-bien ©canva

 

Suite à un échange Twitter entre plusieurs collègues, il m’a semblé pertinent  de définir le Quoi De Neuf, QDN, au sens d’Oury (pédagogie institutionnelle) et de le replacer dans un certain contexte, celui d’une classe d’enseignement spécialisé.

Le QDN est ce moment de paroles institutionnalisé et institué du quotidien. Il est une sorte de « pass » d’entrée en matière, qui prolonge le « ça va aujourd’hui? ». 

L’expression QDN n’est pas une obligation. L' »accueil » est aussi un terme souvent usité.

Les corps sont les déclencheurs de cet espace sécurisé et sécurisant : une fois les élèves assis, il s’agit de passer d’élève en élève pour se re-lier: un bonjour vif, un serrage de mains associé à des regards qui se croisent et un sourire adressé quelque soit son humeur. Rituels immuables.

Les adultes se placent dans le même espace physique que les élèves, assis autour des tables collées les unes aux autres.

L’accueil, le rituel, noue la reconnaissance du lien et du lieu.

Il fait partie de cette « matrice » de relations symboliques qui les font être et vivre au jour le jour. Je peux dire qu’il est un concept institutionnel de groupe qui va permettre aux élèves de parler en JE sans gêner l’autre dans un espace médiateur commun.

La médiation va permettre de dé-lier, à savoir séparer la mère de son enfant afin qu’il puisse advenir et exister en tant que futur être autonome pour ensuite re-lier, c’est à dire créer de nouveaux liens sociaux avec les adultes, les pairs mais aussi des liens aux savoirs. Ils accèderont ainsi au processus de symbolisation et seront dans la capacité à entrer dans les apprentissages.

Le premier désir, le désir de fusion imaginaire avec une mère fantasmée, doit être à jamais interdit pour que l’enfant progresse et accède à la culture  A.VASQUEZ.

Ce tiers, cette médiation c’est la « mise en pratique » de la Loi à laquelle nous sommes tous soumis et dont nous sommes, nous les adultes, les garants en classe. Trois interdits fondamentaux doivent être respectés et garantis: l’interdit de meurtre, l’interdit d’inceste et l’interdit de cannibalisme (obligation de parole)

Ces « inter-dits », c’est-à-dire « ces dits entre les individus » se déclinent sous forme de règles et d’institutions internes, que l’on va mettre en place dans la classe. Ce seront autant de médiations qui vont permettre que « ça » circule et ça fonctionne. Le QDN, ou accueil ici,  et le Conseil sont ces institutions au sein desquels les règles et lois vont se discuter.

Les interdits posent les limites, fixent le cadre. Les élèves lors de prises de parole vont apprendre à tolérer la frustration, à différer leurs besoins. Toute transgression est parlée, et sanctionnée,  pour permettre la réparation et pouvoir réintégrer le groupe.

La sanction marque une butée. Elle permet de responsabiliser l’auteur de l’infraction, de retrouver sa dignité et le respect des autres, et assure la pérennité de la règle.  

L’enseignante, l’éducateur, l’adulte en est garant et a « droit de véto », il a le droit de dire non à ce qui est incompatible avec la Loi. Ce « droit de véto » protège le groupe et les jeunes dans le groupe. Son respect de la Loi, son éthique, sa fiabilité et sa résistance vont les sécuriser. Ils pourront ainsi s’émanciper et devenir autonomes et responsables au sein du groupe.

Lors de l’accueil, chacun a la liberté de s’exprimer ou non dans le respect des règles et lois établies par le groupe, d’amener un objet (transitionnel au sens de Winnicott) afin de le présenter au groupe, de soulever un problème…

En aucun cas ne sont notées les interventions des jeunes, le nombre de prises de paroles ou leur capacité à s’exprimer! L’évaluation portera sur l’autorisation qu’ils se donnent à oser prendre la parole, à gérer la frustration de ne pouvoir accéder à la parole au moment où ils le souhaiteraient. Comment se situent-ils dans le groupe, comment interviennent-ils dans le groupe? Que font-ils de cet espace de parole?

L’art de l’enseignant et de l’éducateur se définit dans la souplesse de la gestion de la circulation de la parole et dans la garantie de pouvoir leur assurer un espace contenant et sécure au quotidien. L’humour véhiculé au sein de cet espace est aussi libérateur des soucis qui peuvent traverser des élèves en début de matinée.